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ÉPISODE 4/14

Résumé de l’épisode précédent :

De retour au bureau, après cet étrange déjeuner en compagnie de sa femme, Carl partage ses angoisses avec Jimmy. Loin de s’inquiéter, ce dernier lui propose de téléphoner à sa maîtresse, après le travail, afin de dissiper sa crainte d’une rencontre inattendue à son prochain diner chez leurs amis Éva et Stan. Il tente de joindre Anna, sans succès. Il rentre à son appartement et trouve son épouse en tenue légère. Il esquive ses charmes et ses gestes d’affection. Éléonore comprend qu’il a passé une sale journée et lui suggère de prendre un bain. Il se dirige vers la salle de bain quand son portable sonne. Il redoute soudain qu’Anna le rappelle. Alors qu’il se met en recherche de son téléphone, Éléonore le déniche et s’en empare. Avec véhémence, il lui ordonne de ne pas répondre et de lui rendre son mobile. Elle cède, dubitative. Carl constate avec effroi ce qu’il appréhendait. Éléonore a-t-elle eu le temps de lire le prénom affiché à l’écran ?


ÉPISODES PRÉCÉDENTS / 1 Le temps des doutes2 La surprise3 L’angoisse


4-Le choc

Il était huit heures du matin, Carl ouvrait à peine les yeux. Cette journée de repos s’annonçait morose. Le temps différait de la veille. Le soleil et la chaleur avaient disparu pour laisser place à un ciel couvert et une fraîcheur surprenante pour un mois de juin. Il se tourna, pensant sentir Éléonore, mais elle était déjà debout. Pourtant, elle ne commençait son service qu’en début de soirée. Elle était de garde pour la nuit. Il sortit du lit et se dirigea vers la cuisine pour y prendre son petit déjeuner. Alors qu’il franchissait la porte de la chambre, une divine odeur fit frémir ses narines : du pain grillé !
Il trouva Éléonore empressée à préparer tout un tas de choses à manger. Il leva les sourcils d’un air interrogateur. Sans même dire bonjour à sa femme, il lança la conversation.

— J’ai loupé quelque chose ? ironisa-t-il.
— Pardon ?
— Fêtons-nous quelque chose ?
— Non, pas du tout. Je constate que tu es en forme pour la taquinerie de bon matin.
— Excuse-moi. En vérité, je suis agréablement surpris. Depuis notre tête-à-tête au restaurant, je ne te reconnais plus. Cela dit, ça ne me déplait pas.
— Tu m’en vois ravie. Profites-en, on ne sait jamais, ça pourrait ne pas durer…
— Bon, Éléonore, si tu as quelque chose à me dire, fais-le !
— Moi, non…
— Parfait ! Moi non plus ! conclut-il très agacé.

Il se reprochait d’être sur la défensive, mais l’attitude de sa femme le rendait fou. Quant à Éléonore, elle percevait que ses efforts étaient remarqués, malheureusement pas assez.

— Je dois faire quelques courses ce matin. Termine ton petit déjeuner sans moi, dit-elle.
— Laisse-moi le temps de me préparer et allons-y tous les deux.
— Je préfère partir maintenant, avec les embouteillages, j’aime autant ne pas m’attarder. Je veux être rentrée avant midi.
— Rassure-toi, j’en ai pour une minute.
— Non Carl, je n’ai vraiment pas envie d’attendre. Profite de toutes ces bonnes choses à manger, on se retrouve au déjeuner.

Elle l’embrassa, attrapa une veste et sortit d’un pas décidé. Carl remarqua qu’elle était déjà chaussée. La porte à peine claquée, il sauta sur son portable pour appeler Anna. Toujours pas de réponse. Il s’apprêta et se hasarda chez sa maîtresse délaissant les victuailles préparées par sa femme.

*******

Éléonore se gara le long du trottoir devant un immeuble. L’endroit ne laissait pas supposer que l’on puisse y faire des courses. Elle descendit de voiture et s’engouffra sous un porche aboutissant à une cour. Elle poussa un vieux battant en bois puis monta l’escalier. Elle s’arrêta au premier étage et sonna à une porte. En quelques secondes, celle-ci s’ouvrit.

— Anna, tu es là ! dit Éléonore rassurée. Il faut qu’on parle !
— Oui, bien sûr, entre. Je te sers quelque chose ? demanda la jeune fille.
— Non merci, je n’ai pas beaucoup de temps.
— Que se passe-t-il ?
— Je vais aller droit au but : connais-tu mon mari ? Es-tu entrée en contact avec lui ?
— Éléonore, tu n’as jamais voulu me le présenter ! Tu m’as toujours dit que c’était encore trop tôt et que ça ne serait possible que si Stan décidait de dire la vérité à Éva.
— Donc, tu n’as pas essayé d’obtenir des informations ?
— Non, je te jure que non. Pourquoi toutes ces questions ?
— Bon sang ! Mais qui est cette Anna alors ? Un diminutif peut-être ? Ou un faux nom dans son répertoire ?
— Tu peux m’expliquer de quoi tu parles ?!
— Écoute, je suis convaincue que mon mari a une maîtresse depuis quelque temps. Hier soir, il s’est emporté lorsque j’ai voulu prendre un appel pour lui. J’ai donc jeté un œil avant de le reposer et j’ai vu le prénom «Anna» inscrit sur l’écran.
— En effet, je comprends…
— Pour l’instant, restons concentrées sur le repas prévu chez Stan et Éva. Tu feras enfin la connaissance de Carl.
Anna s’écria :
— Carl ?
— Oui, Carl, mon mari.

Anna vacilla. Éléonore ne se rendit compte de rien, absorbée par ses doutes.

— Je dois filer. Tu es certaine que tu te sens prête pour demain ?
— Pas vraiment… Je sais que Stan ne peut plus vivre comme ça, mais je ne suis plus très sûre que ce soit le moment, répondit Anna troublée.
— Éva est ma meilleure amie, je la connais bien, ce sera un coup dur, mais tout se passera bien. Je file, j’ai encore des courses à faire.

Éléonore embrassa affectueusement Anna sur le front et se dirigea vers la sortie.

— Appelle-moi si ça ne va pas. À demain.

Anna la salua de la main sans dire un mot, et referma la porte. Elle s’écroula sur le canapé se répétant les paroles d’Éléonore.

«Tu feras enfin la connaissance de Carl»… Hier soir, il s’est emporté lorsque j’ai voulu décrocher le téléphone à sa place, j’ai donc jeté un œil avant de le reposer et j’ai vu le prénom d’Anna inscrit sur l’écran».

C’était précisément à ce moment-là qu’elle avait tenté de joindre Carl. Anna, horrifiée, se liquéfiait. Son amant était le mari d’Éléonore ! Celle qui l’avait aidée à la demande de Stan, ce fameux jour à l’hôpital, et à qui elle avait confié son gros secret. Les deux femmes s’étaient revues souvent, en premier, par obligation, puis par amitié. Jamais Éléonore n’avait prononcé le prénom de son conjoint. D’ailleurs, elle en parlait rarement. Anna possédait désormais toutes les cartes. Elle seule connaissait la trame de ce qui s’annonçait catastrophique. Elle voulait à tout prix fuir cette soirée du lendemain. Elle attrapa son téléphone pour appeler Carl. À cet instant, celui-ci effectuait des manœuvres pour se garer. Il décrocha.

— Anna, enfin ! Je suis en bas de chez toi. Je monte.

Il raccrocha. Éléonore sortait du bâtiment. Mari et femme allaient tomber nez à nez. Anna se précipita à la fenêtre pour faire diversion :

— Éléonore ! cria-t-elle.

Elle leva la tête. Carl abasourdi referma la porte de sa voiture en un éclair et profita de leur brève conversation pour stationner ailleurs. Malheureusement, il ne trouva aucun emplacement libre. Il choisit de tourner dans le quartier, espérant prendre la place de parking de sa femme enfin partie. À son retour, Éléonore s’éloignait. Anna, toujours à la fenêtre, mimait des gestes incontrôlés lui indiquant de vite monter. Survolté, il la regarda furtivement. Il vivait un cauchemar. Fou de rage, il passa le porche au galop, traversa la cour, enjamba les escaliers quatre à quatre et tambourina à la porte. Anna ouvrit, il entra violemment…

À SUIVRE…

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